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1 juillet 2026

La BD québécoise à Bruxelles

Une exposition sur la BD québécoise est présentée au Musée de la BD de Bruxelles grâce à une collaboration avec Québec BD, un organisme de la ville de Québec qui fait la promotion de la BD, jusqu’à la fin juin 2027. En effet, L'art de la BD, une exposition permanente au musée, met en lumière la BD québécoise pour la prochaine année complète. «  Je suis partie de [l’exposition existante] pour vraiment le mettre à la sauce québécoise. C’est à dire que 100% du contenu provient maintenant d’auteurs et autrices québécois  » explique Thomas-Louis Côté, directeur de Québec BD. 

 

Le projet est né d’une invitation informelle lors d’une programmation spéciale avec dédicaces et karaoké dessiné au musée pendant une fin de semaine en 2024. Grâce au lien fort entre Québec BD et le Centre Belge de la Bande Dessinée, il avait été lancé à la blague que Québec BD fasse un takeover de l’exposition L’art de la BD. L’idée a été si bien reçue, qu’une invitation officielle a suivie en 2025. Cette exposition, qui a toujours contenu exclusivement de la BD franco-belge, a donc été repensée, pour sa 11e édition, par Thomas-Louis Côté 

L’exposition date d’environ 15 ans et a été renouvelée 10 fois auparavant. Le musée lui-même date d’une quarantaine d’années. C’est donc une grande première que de la BD québécoise apparaisse dans une exposition permanente de la sorte. La province au complet y est représentée, de la Gaspésie à l’Abitibi, mais avec une petite place spéciale pour la ville de Québec pour marquer l’appartenance de Québec BD, et de Thomas-Louis lui-même, à cette ville. Par contre, aucun auteur ou autrice en particulier n’est mise de l’avant. Thomas-Louis tenait à représenter le plus d’artistes possible dans l’exposition, et c’est réussi : plus de 100 auteurs et autrices pourront s’y retrouver! «  Pis y en aura toujours qui sont pas contents de pas y être!  » ajoute-t-il.  

L’exposition est organisée en sections présentant différents secteurs de la BD et de sa chaîne de production tels que le magazine, le fanzine, l’histoire de la BD québécoise, la scénarisation, la BD jeunesse (du très classique jusqu’au plus artistique), le crayonné, l’encrage, l’autoédition, le manga, la BD documentaire, le comique, la BD non conventionnelle qui sort des codes et de la lecture classique et la BD muette. L’édition aussi y est présentée dont le rôle de l’éditeur, l’impression, les effets spéciaux et les différents types de livres. Le travail d’édition aurait pu être une exposition en soi tellement il y en a à dire selon Thomas-Louis. Une des choses qu’il a voulu mettre en lumière dans cette exposition est la répartition des profits. Il a remarqué que le public a souvent l’impression qu’un si un ou une bédéiste est beaucoup lu, il ou elle est riche, mais ce n’est pas du tout le cas, dit-il. L’auteur ou l’autrice ne reçoit que 10% du revenu de la vente d’un livre. S’il y a plusieurs auteurs (ce qui est souvent le cas en BD), ils et elles se partagent le 10%. 10%, ça revient à 1,50$ par livre vendu si le livre coûte 15$. 

Thomas-Louis Côté pourra enfin voir le fruit de son travail en octobre, lorsqu’il y sera pour une fin de semaine d’activités spéciales mettant Québec à l’honneur. Même ayant écrit et traduite l’exposition lui-même et travaillé de près avec le Musée (la directrice du musée est même venue en personne chercher certains originaux), il ne l’a pas encore vue! Tout au long de l’année, le Musée accueillera des bédéistes québécois et québécoises pour des activités en lien avec l’exposition. 

 

Si Thomas-Louis Côté est si passioné pour la BD, c’est qu’il est tombé dedans quand il était petit. Sa grand-mère l’a fait découvrir Spirou et sa mère, Tintin... les classiques. Jeune adolescent, il fouillait les rayons de bibliothèque pour y trouver des pépites comme Maus et Akira. Adulte, c’est le hasard qui l’a amené à en faire sa vie. Il travaillait en communications dans un théâtre et fréquentait le Festival de la bande dessinée francophone de Québec (devenu Québec BD) qui se tenait à Place Fleur de Lys à l’époque. Par enthousiasme, il est entré sur le conseil d’administration, et un peu plus tard, par nécessité, il a pris la direction de l’organisme. Fondé en 1988, l’organisme commençait à s’essouffler. Thomas-Louis a misé sur les liens avec le milieu local pour le ressusciter. En travailler étroitement avec lui, il a réussi à devenir plus présent dans la ville en déménageant le festival au Salon international du livre de Québec, mais aussi en collaborant avec les musées et les bibliothèques. Avec ses études en arts et son expérience en communications, il a été parfaitement placé pour faire le lien entre les artistes et l’organisation. Aujourd’hui, Québec BD a une programmation foisonnante toute au long de l’année, entre autres à la Maison de la BD dans Ste-Foy, un lieu chaleureux et vivant présentant expositions et ateliers à n’en plus finir.  

Thomas-Louis a travaillé à créer des liens dans le milieu local, mais aussi à l’international, dont sont témoins cette exposition, une exposition sur la BD québécoise qui a eu lieu au Japon, un numéro spécial dans un magazine lors de la Foire du livre de Frankfort lors d’une mise à l’honneur de Québec et un autre lors de la Foire du livre de Göteborg cette année, et la présence annuelle de Québec BD au Festival de la BD d’Angoulême. D’ailleurs, à ce dernier, c’est le Canada qui était à l’honneur en 2024. Thomas-Louis a monté une exposition avec 65 bédéistes de toutes les provinces et territoires, du Yukon jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard. Le constat? Personne ne se connaît! Les festivals sont essentiels dans leur rôle rassembleur, dit Thomas-Louis. Les festivals bilingues comme celui de Montréal et Toronto nous permettent d’échanger et bâtir ces liens précieux. Sinon, ce qui s’écrit au Canada anglais se perd au travers de l’américain, et ce qui s’écrit au Québec se perd dans l’européen, surtout ce qui est publié en France ou en Belgique. Par exemple, Tony Vallente, un auteur français établi à Montréal depuis longtemps déjà, est le seul auteur de manga occidental à avoir une série animée au Japon. Il est peut-être le bédéiste québécois le plus lu au monde, mais il est méconnu chez lui. François Miville-Deschênes, Gaspésien, est très lu en Europe, mais peu connu au Québec parce qu’il habite «  si loin  ». Yanick Paquette, montréalais, le dessinateur de Wonder Woman, est une vedette dans les comicons, mais autrement est peu reconnu comme bédéiste québécois.  

 

Selon Thomas-Louis, la BD est universelle. De merveilleux festivals ont lieu à Helsinki en Finlande, à Brazzaville en République démocratique du Congo, et à Buenos Aires en Argentine, de fortes associations de bédéistes existent en Islande et en Suède, la Pologne a un magnifique musée, la Corée a inventé le webtoon, la BD en ligne se développe en Afrique, le Cuba a un centre de diffusion où se donne des cours, l’Australie fait des tournées de sa Comic Caravan et Barcelone en Espagne a une excellente école.

Si Québec est la première à avoir une vitrine au Musée de la BD de Bruxelles, peut-être ouvre-t-elle la porte à une représentation plus internationale dans le futur?